Dégénérescence discale… comment la nutrition peut-elle l’éviter ?

Publié le 24 avril 2013 par Jacques Estrade

Les contraintes mécaniques étant à elles seules incapables de provoquer la dégénérescence discale, l’étude d’autres facteurs comme celui du métabolisme des cellules et de la nutrition se justifie. Quels sont les effets de la malnutrition sur la dégénérescence discale ? Peut-on lutter contre les douleurs ostéo-articulaires liées à l’inflammation par une nutrition adaptée ? Telles sont les (bonnes) questions à se poser

Le cartilage basal et le disque ne sont pas vascularisés. Seule la partie extérieure du disque est innervée. Ce n’est donc que grâce aux tissus adjacents, vascularisés qu’ils vont pouvoir assurer leurs apports en éléments nutritifs et l’élimination des déchets.

Constitution d’une matrice discale

Le disque, comme les autres cartilages, contient principalement une matrice de fibres collagènes enrobée dans un gel de protéoglycanes et d’eau.

L’eau est la principale composante du disque (65 à 90% du volume) et la rigidité du tissu est assurée grâce aux propriétés hydrophiles des protéoglycanes. La quantité d’eau change en fonction de la charge qui s’exerce sur le disque; c’est pourquoi la teneur en eau varie entre la nuit et le jour, la charge étant très différente pendant le sommeil. Lors d’une perte en eau, le disque devient plus flasque et déformable, au fur et à mesure que la trame collagénique se relâche. Cependant, dès que le disque a perdu une proportion importante de son eau, ses propriétés mécaniques changent du tout au tout, le tissu se comportant davantage comme un solide que comme une structure composée soumise à une charge. L’eau est également importante pour le fonctionnement mécanique du disque et pour le transport des éléments nutritifs et des déchets.

Le protéoglycane est une combinaison d’une protéine et d’un glycosaminoglycane (GAG). Ce dernier est un « piège à eau » en raison de ses multiples charges négatives. Cette propriété, que l’on appelle pression de gonflement, revêt une grande importance pour le fonctionnement du disque. En effet, une concentration élevée en protéoglycanes contrôle l’entrée et les mouvements des substances dissoutes à l’intérieur du disque. Toute diminution de cette molécule va affecter les propriétés du disque. La fonction discale dépend du maintien de l’équilibre entre la pression de l’eau dans le disque et sa pression de gonflement

Le collagène est la principale protéine de structure de l’organisme. Tous les collagènes ont des zones hélicoïdales et sont stabilisés par une série de ponts à l’intérieur et entre les molécules qui leur confèrent une importante résistance aux contraintes mécaniques et aux dégradations enzymatiques. L’organisation des fibres collagènes fournit au disque sa flexibilité.

Les cellules, comparés à d’autres tissus, les disques intervertébraux ont une très faible densité cellulaire. Bien que cette densité soit faible, l’activité permanente des cellules est vitale pour la santé du disque, car elles produisent des macromolécules qui, tout au long de la vie, remplacent celles qui sont détruites et disparaissent au fil du temps. Elles produisent aussi des enzymes qui peuvent détruire les composants matriciels. Tant que les vitesses de production/destruction sont équilibrées, le disque reste sain. Avec l’âge et la dégénérescence, le processus s’inverse. Normalement, les protéoglycanes sont renouvelés tous les deux ans environ, le collagène bien moins souvent. Si l’équilibre est perturbé ou si l’activité cellulaire baisse, la teneur de la matrice en protéoglycanes finit par diminuer, ce qui affecte les propriétés mécaniques du disque.

Fonctionnement du disque

Lorsqu’il est en charge, le disque se déforme et perd de sa hauteur. Si la charge sur le disque augmente, la pression de l’eau s’élève et perturbe cet équilibre. L’augmentation de la concentration en protéoglycanes, ainsi que celle de la pression osmotique du disque compensent la fuite des liquides à l’extérieur du disque. Un tel mouvement liquidien se poursuit jusqu’à ce qu’un nouvel équilibre soit atteint ou que la charge sur le disque cesse.

Au cours des activités quotidiennes, le disque perd progressivement entre 10 et 25% de ses liquides quand il est soumis à de fortes pressions et il les regagne lors du repos en position couchée. Cette perte d’eau peut conduire à une diminution de stature de 1 à 2 cm entre le matin et le soir chez les travailleurs diurnes.

Au fur et à mesure que la composition du disque se modifie avec l’âge ou la dégénérescence, sa réaction aux charges mécaniques change également. Du fait de la perte des protéoglycanes et donc de la teneur en eau, le noyau ne peut plus réagir aussi efficacement.

L’apport d’éléments nutritifs

Le disque reçoit des éléments nutritifs tels que l’oxygène et le glucose à partir du sang des tissus adjacents; ceux-ci doivent diffuser à travers la matrice jusqu’aux cellules situées au centre du disque. Les cellules peuvent être distantes de 7 à 8 mm du vaisseau sanguin le plus proche. Des gradients très importants se développent. A l’interface entre le disque et le corps vertébral, la concentration en oxygène se situe aux alentours de 50%, alors qu’au centre du disque elle est inférieure à 1%. Le métabolisme du disque se fait, pour l’essentiel, en condition anaérobie. Quand l’oxygène tombe au-dessous de 5%, le disque augmente sa production de lactate qui est un déchet métabolique. La concentration en lactate dans le centre du noyau peut être six à huit fois plus élevée que celle du sang ou du milieu interstitiel.

Nutrition & inflammation

On explique souvent la dégénérescence discale par la baisse de l’apport d’éléments nutritifs. La perméabilité de la plaque basale du disque diminue avec l’âge, ce qui peut entraver l’acheminement des éléments nutritifs au disque et entraîner une accumulation de déchets tels que le lactate. Dans les disques où l’apport d’éléments nutritifs est réduit, les concentrations d’oxygène dans le centre du disque peuvent descendre à des niveaux très bas. Le métabolisme en anaérobie augmente et la production de lactate et l’acidité peut alors tomber à cet endroit à un pH de 6,4. A des valeurs de pH et à des pressions d’oxygène aussi basses, la vitesse de synthèse matricielle est réduite, aboutissant à une chute de la teneur en protéoglycanes. De plus, les cellules elles-mêmes peuvent ne pas survivre à des expositions prolongées à un pH acide. Un pourcentage élevé de mort cellulaire a été relevé dans les disques humains.

La dégénérescence du disque conduit à une perte en protéoglycanes et à une modification de sa structure, avec une désorganisation de la trame collagénique et une pénétration de vaisseaux sanguins. Il est possible que certains de ces changements puissent être réversibles puisqu’il a été montré que le disque possédait certaines capacités de réparation.

Quels sont les facteurs de risque ?

La charge : D’après les mesures intradiscales, les pressions qui s’exercent sur la colonne sont cinq fois plus grandes en posture assise qu’au repos en position couchée. Si en plus le sujet lève une charge, surtout à distance du corps, la pression intradiscale peut augmenter de façon considérable.

Le tabagisme : toute réduction même minime du flux des éléments nutritifs peut compromettre le métabolisme normal des cellules discales. Le transport des éléments nutritifs tels que l’oxygène, le glucose ou le sulfate à l’intérieur du disque diminue de façon significative dans les vingt à trente minutes après qu’une personne a fumé, ce qui peut expliquer l’incidence plus élevée des lombalgies chez les fumeurs que chez les non-fumeurs (Rydevik et Holm, 1992).

Les vibrations : Des études épidémiologiques ont montré que l’incidence des douleurs lombaires augmentait chez les individus exposés à des vibrations de forte intensité.

Une nutrition non adaptée : l’alimentation joue un rôle prépondérant pour garder constant l’équilibre du milieu intérieur. Tout déséquilibre du milieu intérieur dérègle le système glandulaire via l’hypothalamus. L’inverse est vrai aussi. Cela étant dit, la réaction acido-basique nous intéresse plus particulièrement dans ce cas. L’acidification du plasma (acidose) comme son alcalisation (alcalose) sont mortelles. Les causes d’acidose sont nombreuses : travail musculaire (accumulation d’acide lactique et de CO2), ingestion d’aliments à déchets acides (viandes, céréales…). Les causes d’alcaloses ne le sont pas moins : travail digestif (départ d’HCL), ingestion d’aliments à déchets alcalins (légumes, laits…). La régulation du milieu acido-basique est assurée par le poumon (élimination du CO2) et ensuite par le rein (phosphates acides et amoniaques). Un déséquilibre alimentaire chronique risque à terme d’entraîner une fatigue récurrente, des douleurs musculaires et articulaires, de l’arthrite, une déminéralisation progressive et un vieillissement accéléré des tissus. Pour lutter contre l’acidification progressive du corps, il s’agit d’équilibrer ses repas (70% d’aliments basiques, 30 % d’aliments acides), éviter les causes de l’hyperperméabilité intestinale, apprendre à gérer son stress (facteur d’acidification lié au taux d’une hormone le cortisol, produite par le rein), faire de l’exercice physique sans abus (trop produit de l’acide lactique et du CO2).

  • Ce qui est acide : thé, café, chocolat, protéines animales et végétales, poissons, riz, féculents (sauf les pommes de terre), céréales, fromages
  • Ce qui est alcalin : légumes, pommes de terre, fruits, certains laitages.

 

3 commentaires

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  2. bourrel

    Un déséquilibre alimentaire chronique risque à terme d’entraîner une fatigue récurrente, des douleurs musculaires et articulaires, de l’arthrite, une déminéralisation progressive et un vieillissement accéléré des tissus. Pour lutter contre l’acidification progressive du corps, il s’agit d’équilibrer ses repas (70% d’aliments basiques, sont il s’agit d’équilibrer ses repas (70% d’aliments basiques, 30 % d’aliments acides

    quels sont les aliments basiques?

    merci pour votre réponse

    • Jacques Estrade

      Les aliments basiques sont essentiellement les légumes à condition de les mastiquer.
      Certains fruits peuvent selon l’état de santé des gens être basiques. Exemple : le citron.
      Se reporter aux articles sur le sujet.

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