Entreprendre, est-ce bon pour la santé ?

Publié le 22 novembre 2017 par Jacques Estrade

La réponse serait oui ! Lors du Salon des Entrepreneurs organisé à Marseille, la santé des Entrepreneurs a fait l’objet de conférences et pour cause, ils représentent plus de 10 millions de personnes en France - travailleurs non salariés, artisans, agriculteurs, commerçants, professions libérales, agriculteurs… - bien plus que les grands groupes qui rassemblent 4,5 Millions de Salariés. Comme le soulignent les conférenciers leur forme physique, émotionnelle et mentale est un capital essentiel au bon développement de l’activité. Reste à savoir comment l’optimiser !

« Il existe plus d’études sur les baleines bleues que sur les entrepreneurs ! »
Extrait de la conférence d’Olivier Torrès (Observatoire Amarok) 

« La santé au travail, c’est l’affaire des salariés. Mais les travailleurs non salariés, les agriculteurs, commerçants, artisans, professions libérales, chefs d’entreprises, les entrepreneurs exprimés de manière très large n’ont pas de santé au travail. Nous avons très peu de connaissances sur la santé des entrepreneurs et pourtant les PME représentent 99,84 % des entreprises, elles totalisent 10 millions d’emplois en intégrant les 3 millions de travailleurs non salariés. Les grands Groupes quant à eux représentent 4,5 millions d’emplois. L’immense population des chefs d’entreprise fait partie des PME. Nous n’avons aucune étude sur les entrepreneurs. Il existe plus de statistiques sur les baleines bleues que la santé des entrepreneurs ! D’où la création de l’observatoire AMAROK, un observatoire dédié à la santé des entrepreneurs.
En tant qu’économiste de la PME, j’ai suivi des centaines de dirigeants et plus de 1000 entrepreneurs sur plusieurs mesures pour connaître leur rapport à la santé. Leurs premières phrases sur le sujet sont les suivantes : « Je n’ai pas le temps d’être malade. » Je l’ai entendu des centaines et des centaines de fois. De même : « Je n’ai pas le droit d’être malade. » Encore pire. « Je ne tombe malade que lorsque je suis en vacances ! » Avec pour conséquence logique : « Je ne prends plus de vacances par conséquent. »

 

Stress et surcharge de travail

Les études réalisées nous livrent un premier état des lieux :
– Le premier facteur auxquels sont confrontés les entrepreneurs, c’est le stress, généralement de manière chronique. C’est un facteur reconnu comme pathogène. (La traduction du stress au niveau du corps est représentée par les douleurs de dos).
– Le 2e facteur : la surcharge de travail. Les Français travaillent en moyenne 38,4 heures. Les dirigeants et cadres supérieurs, entre 45 et 50 heures. Les entrepreneurs, indépendants, travailleurs non salariés, réalisent entre 50 et 55 heures. Ils dorment 6 heures par nuit en moyenne, ce qui en fin d’année produit une dette de sommeil.

Stress et mal de dos sont intimement liés

L’isolement : un risque collatéral du stress

Le corps et l’esprit sont intimement liés. Lorsqu’une personne est fatiguée, elle est plus facilement irritable, elle marche aux radars, elle devient moins apte à saisir des opportunités. Ce comportement est contre productif, surtout pour un entrepreneur. (ndlr Cette attitude va souvent contaminer  la vie familiale et risque de perturber cet espace qui doit être un cocon privilégié d’amour et de sérénité. Les siestes du we sous prétexte de réparation de la fatigue isolent et peuvent à terme rompre le lien social et familial).
– Le 3e facteur est l’incertitude du carnet de commandes… une situation qui peut être facilement anxiogène.
– Le 4e facteur le plus insidieux est la solitude. C’est un facteur pathogène. D’où l’importance du réseau social. Le conseil à donner aux entrepreneurs, ne restez pas seuls ! Les réseaux, les associations, syndicats professionnels, sont des filets de sécurité.

 

Les avantages d’être un entrepreneur

Pour conclure cette conférence, je terminerai avec une contre hypothèse, proposée par un chercheur israélien, Aaron Antonovsky. Selon lui, il pourrait exister des facteurs positifs sur la santé de l’entrepreneur. D’où sa théorie sur la « salutogenèse » ! (Inversement au terme pathogenèse. Salutem signifiant santé en latin)

Trois facteurs seraient bons pour l’entrepreneur
– Sentiment de maîtrise de son destin
– L’endurance « je tombe, je me relève », c’est bon pour la santé !
– L’optimisme. L’entrepreneur est un créateur.

En définitive, l’entrepreneur pour optimiser sa santé doit apprendre à se libérer du stress chronique.

En savoir plus
Observatoire de la santé des dirigeants.

La méditation pour sortir du stress
Extrait de la conférence réalisée par Antoine Lutz,Chercheur à l’INSERM de Lyon

« Le stress est le lot quotidien des entrepreneurs. C’est un facteur pathogène. De plus en plus de données, montre que le stress chronique a un effet délétère sur le fonctionnement du cerveau. La question éminemment importante est comment améliorer ses capacités pour mieux faire face à son stress et ses émotions ? La méditation pleine conscience intéresse de plus en plus de grands groupes dans cette optique.
Le cerveau, observé sous l’angle scientifique, est beaucoup plus plastique qu’on ne l’imaginait, même chez l’adulte où de nouveaux neurones se créent dans l’hippocampe notamment. Mais s’il existe des facteurs délétères sur le développement du cerveau, il en existe aussi des positifs. Cultiver certaines capacités pourrait avoir un effet sur le long terme. Cultiver l’optimisme et la bienveillance lors des méditations pleine conscience s’avèrent des méthodes très encourageantes qui pourraient permettre de diminuer les effets délétères du stress.

Ndlr Toutes ces disciplines sont d’autant plus efficientes à partir du moment où le corps est en forme, sans douleur, détendu, avec une respiration ample.

Recréer la relation avec soi et l’autre… un élément clé du management… et de la vie personnelle et familiale !
Extrait de la conférence de Dominique Steiler (chaire du Mindfulness – Grenoble Ecole de Management)

« Comment faire valoir ma puissance par une mise en action immédiate et efficace, et simultanément, comment accueillir ma vulnérabilité, mes lâchetés, mes questions personnelles, affectives… C’est cette oscillation permanente à laquelle fait face chaque entrepreneur qui a motivé mes travaux.

Que représente le stress et d’où vient-il ?
= Un danger : mon attention va focaliser sur ce qui est dangereux. Dans cette situation, comment accéder aux informations qui sont autour de moi ?
= Une perception réduite de la réalité due à des représentations nationales, culturelles, familiales. Ces représentations ont souvent une réalité fortement ancrée dans les pensées. Le problème, c’est lorsqu’elles deviennent une mécanique. Comment je quitte mon système de représentation pour être en lien avec ce qui se passe plutôt qu’en opposition. Ce travail de discernement permet de ne pas couper la relation avec l’autre, chose très importante dans le management.
= Un facteur de performance. Se mettre sous pression améliore la performance, c’est une pensée que l’on l’a tous en nous. Cette pression l’améliore sur le court terme, pas sur le long terme.

Le stress me coupe de la réalité qui se joue sous mes yeux

Le stress va très souvent m’embarquer dans une représentation du monde que j’ai créée dans mon enfance, au lycée… Le stress proviendrait d’émotions vécues plus jeunes, fortement marquantes. Revivre une situation similaire ou possédant certains attributs identiques va me renvoyer dans cette situation antérieure et me couper du présent et des sentiments qui animent mon interlocuteur. En définitive, je peux être totalement pris dans cette représentation et ne plus percevoir les signaux qui me permettraient de m’adapter à la situation qui se déroule sous mes yeux. La pratique de la méditation pleine conscience a pour objet de rester présent à ce qui se passe autour de nous.

 

La méditation pleine conscience désamorce les scénarios

La méditation pleine conscience vous permet de ralentir l’image, de détecter le mécanisme qui vous entraine dans un schéma comportemental. Comment sortir de cet instant flottant pour trouver une réponse ajustée à la situation présente ?

Comment s’installe cette mécanique de stress et comment l’accompagner.
– En terme émotionnel, je reconnais que je suis en colère.
– En terme comportemental, je vais vers l’autre au lieu de fuir la situation.
– En terme intellectuel, je peux exposer mon idée, mon inconfort.
L’objectif de la pratique de la méditation pleine conscience est de sortir des conditionnements mis en place, qui très souvent se répètent tout au long de nos vies jusqu’à nous faire vivre dans un système de pleine absence.

En savoir plus

Chaire « Mindfulness, bien-être au travail et paix économique », tenue par Dominique Steiler -Ecole de management de Grenoble

 

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