De l’usage à l’abus des antalgiques !

Publié le 23 avril 2018 par Jacques Estrade

« La consommation des antalgiques puissants a augmenté de 74% entre 2004 et 2015. » Tel est le constat fait par un article du Monde en janvier 2018 et titré « La spirale infernale des opiacés » ! Et pour cause, l’article souligne les dérives initiées par le marketing agressif des laboratoires auprès des professionnels de santé et l’utilisation décomplexée des antalgiques pour tout type de douleur aiguë. Si l’efficacité redoutable de ces antalgiques – opiacés ou autre – a facilité leur consommation pour des douleurs chroniques, elle a aussi généré d’autres douleurs particulièrement invalidantes… qui se déploient d’autant plus qu’elles sont masquées par l’antalgique.

 

Panorama des antalgiques en France

 

En 2015, Le Professeur Serrié, chef du Service de Médecine de la douleur – Médecine palliative de l’hôpital Lariboisière, dressait un paysage de l’antalgie en France. En conclusion, il semblerait qu’il n’existe pas de lutte possible contre la douleur hors du médicament. Comme lui-même le souligne, les retraits ou limitations de médicaments ont été sources de méfiance des patients avec pour « conséquence l’augmentation de l’attrait pour les méthodes de prise en charge de la douleur non pharmacologiques : médecine chinoise, ostéopathie, mésothérapie, huiles essentielles, voire des pratiques charlatanesques. »

Parmi les innovations de l’année 2015, il cite le QUTENZA – patchs contenant de la capsaïcine (principal composé du piment rouge) – comme une véritable innovation. «Appliqués en cas de  douleurs neuropathiques périphériques», l’’effet de la capsaïcine est le suivant : « les nocicepteurs cutanés deviennent moins sensibles à divers stimuli, ce qui réalise une sorte de désensibilisation, une moindre sensibilité des nerfs cutanés et donc un soulagement de la douleur ressentie. »

 

La douleur est insupportable. Une bonne raison de ne pas en rajouter !

 

Il est vrai que la douleur est insupportable, d’autant plus si elle devient chronique. Même minime, elle use les nerfs des patients. Personnellement, je suis totalement d’accord avec le Professeur Serrié. L’éducation et la prévention sont deux thématiques essentielles pour une prise en charge efficace de la douleur. Elles vont de pair.

L’éducation signifie d’expliquer tous les risques que comprend l’utilisation temporaire ou chronique des antalgiques à toute personne qui en “consomme“ de manière régulière. Chacun rêve d’effacer la douleur en un clin d’œil. L’antalgique se révèle efficace… sur la douleur. Mais il ne supprime généralement pas la source de la douleur. Et si l’on se limite à cette action, il est très probable que les douleurs vont aller croissantes, se répéter au quotidien et générer d’autres déséquilibres. Après les antalgiques, les infiltrations seront préconisées, puis les prothèses… Un cycle fatal ou naturel tel que le décrit le Vidal dans sa définition de la gonarthrose ou caxarthrose.

L’éducation signifie aussi de souligner les risques secondaires de ces médicaments en termes de dépendance et d’addiction. L’article du Monde cité en préambule en fait état sans tabou.

Si l’on reprend l’exemple d’un antalgique comme le QUTENZA. Son mode de fonctionnement est simple : en débranchant les nerfs cutanés, la douleur n’arrive plus au cerveau. Traitant régulièrement des sportifs de haut niveau, la douleur reste une alarme du corps pour réguler l’effort ou pour avertir d’un dysfonctionnement. Pour un sportif, il est essentiel de ne jamais négliger une douleur musculo-squelettique qui est le plus souvent la manifestation d’un déséquilibre du système ostéo-articulaire. Lorsqu’on masque cette douleur par des moyens chimiques sur des corps déjà très résistants à la douleur, on encourage la poursuite des efforts et le risque de multiplier les lésions articulaires (cartilages et ligaments, ménisques…). C’est là où l’éducation et la prévention prennent tout leur sens.

La prise en charge de la douleur – qui est un signal d’alarme – doit généralement débuter dès ses manifestations les plus minimes et sa prévention commence par la correction de tous ces décalages ostéo-articulaires selon une méthode propre à l’ostéopathie et à la Médecine Traditionnelle Chinoise. Je conseille l’alliage de ces deux thérapies qui existent depuis des millénaires et dont la vision est holistique : le thérapeute s’intéresse à l’ensemble du corps et ne focalise pas son traitement uniquement sur le membre lésé.

 

Qui n’est pas concerné par des douleurs lombaires, dorsales, hanches, genoux, chevilles, épaules… ?

 

Ce qui est valable pour les sportifs de haut niveau, l’est aussi pour les travailleurs dont les conditions de travail, l’hygiène de vie est source de déséquilibres du bassin. En témoigne la lombalgie devenue un problème de santé publique. Pour 10% des cas, elle évolue vers une pathologie chronique.

De très nombreuses pathologies actuelles parlent de ces douleurs qui, présentent des symptômes faibles à leurs débuts, puis empirent jusqu’à empiéter sur la qualité de vie personnelle et professionnelle. Elles sont les TMS, les gonarthroses, coxarthroses, lombalgies, sciatalgies… Elles concernent autant les sportifs que les salariés et ont plusieurs causes. La sédation de la douleur par une médicamentation à plus ou moins, long terme risque d’aggraver les pathologies existantes. Comme le dit le Professeur Serrié, on débranche le système nerveux qui capte la douleur. Mais les causes de la douleur sont toujours là et peuvent être complexes.

Une douleur signe très souvent une dysfonction ostéo-articulaire et un déséquilibre du bassin

 

Selon les principes énoncés sur ce site, on sait que le décalage du bassin dont le centre est le sacrum est la lésion mécanique primaire, d’un point de vue anatomique. Les différentes dysfonctions ostéo-articulaires traumatiques s’exprimeront de façon inégale selon l’équilibre ou le déséquilibre global.

Se blesser avec un système ostéo-articulaire équilibré limite l’impact du traumatisme et diminue de façon significative la récupération. J’ai pu le vérifier avec de très nombreux sportifs professionnels. La sédation médicamenteuse après le ré-équilibrage ostéopathique prend dans ce cas toute son importance pour une reprise rapide de l’activité… une fois bien entendu, que tous les examens radio, scanner, IRM, échographie aient éliminé les pathologies graves (fractures, arrachements, ostéoporose, cancer, ou maladie dégénérative…).

Les causes de la douleur

 

Beaucoup de recommandations venues du monde médical vantent les vertus du sport avec des effets bénéfiques sur les systèmes cardio-vasculaire et musculaire, le sommeil, l’amélioration de la mémoire… avec en corolaire  l’amélioration de la plasticité neuronale. Pour éviter la maladie d’Alzheimer, il est par exemple conseillé d’avoir une alimentation équilibrée, de faire de l’exercice physique de façon fréquente et modérée, d’avoir des activités sociales et intellectuelles comme apprendre une langue étrangère, etc. etc.

Les solutions proposées et relayées par les médias sont nombreuses, presque trop  avec des explications limitées aux seules vertus du médicament proposé. Il est difficile de choisir surtout lorsqu’on a pas bénéficié de formation médicale.

Ce qui est remarquable dans la mécanique automobile de compétition, c’est la capacité à conjuguer tous les efforts pour obtenir les performances optimales. Lors des essais et compétitions, toutes les pièces du moteur, de la carrosserie et du châssis sont systématiquement démontées, vérifiées et nettoyées. Pour les véhicules de tous les jours, qui ne subissent pas de contraintes importantes, les vérifications sont réalisées lors des changements de pneus où chaque roue est équilibrée pour éviter les vibrations génératrices de problème de trajectoire, d’usure prématurée et de freinage.

Chez les humains, on ne peut pas « changer les pièces ». Il arrive que dans les cas extrêmes d’usures importantes, on utilise des prothèses. Pour éviter ou retarder la pose de prothèses, il est conseillé de rééquilibrer les différentes structures musculo-squelettiques par un traitement externe (ostéopathie, MTC et kinésithérapie). Tout système de prévention devrait veiller à ce que notre système ostéo-articulaire fonctionne de manière équilibrée. Ce qui est valable pour les véhicules automobiles, l’est aussi pour nous si l’on veut préserver nos « amortisseurs » (cartilages) de l’usure prématurée due à trop de sport ou des postures déséquilibrées.

La prévention est de mise pour éviter l’opération chirurgicale et la douleur est le signal d’alarme qui permet de prendre en compte le déséquilibre. Supprimer l’alarme ou le voyant rouge est une action immédiate mais totalement inefficace si la cause n’est pas traitée.

En 2006, une publication éditée par les chirurgiens orthopédistes de la Pitié Salpêtrière « Déviations axiales des membres inférieurs » montre que le décalage du bassin est pris en compte par le monde médical et rejoint de ce fait les principes ostéopathiques tels que décrits par son fondateur, Andrew Taylor Still et déjà enseignés et pratiquées par le père de la Médecine, Magnus Hippocrate qui déclare il y a 2640 ans avant JC, « la vertébrothérapie est une technique très ancienne et je tiens à remercier tous ceux qui l’ont découvert et tout ceux qui me succéderont ».

Le déséquilibre du système ostéo-articulaire nous mène peu à peu vers une réduction de nos mobilités. Inconsciemment, la douleur répétée d’une articulation génère une diminution de l’usage du membre et physiquement développe une ankylose. En restreignant l’usage de ses muscles et de son articulation, la circulation sanguine se ralentit par manque de mouvement, les fascias se condensent et s’épaississent… Il est important d’agir dès les premiers signaux. D’où l’importance de l’éducation et de la prévention sur la survenance de sa douleur et sa recherche de sa cause.

L’apport conjugué de la kiné, de l’ostéopathie et de la MTC

 

L’ostéopathie comme la kinésithérapie ou la Médecine Traditionnelle Chinoise ne peuvent dissocier le corps et l’esprit. Dit de manière plus pragmatique et simple, l’esprit agité par le stress ou les émotions crée des décharges nerveuses ressenties au niveau des fascias et des muscles. Comme le démontrent les dernières publications sur les fascias et les recherches scientifiques menées par le Professeur Carlo Stecco, ces fines membranes nous enveloppent d’une seule pièce, de surface en profondeur. Elles sont extrêmement innervés et par conséquent sensibles à la douleur. Dès qu’un fascia est affecté par le stress ou la peur, il se condense et fige la circulation – sang, nerfs, lymphes, muscles… Pour exemple le fascia thoraco-lombaire serait la source de nombreuses douleurs invisibles aux échographies. Nulle atteinte vertébrale n’apparaît.

Le déséquilibre ostéo-articulaire est aussi lié aux organes en dysfonction comme l’enseigne la Médecine Traditionnelle Chinoise, qui met en relation les muscles, les organes et le système ostéo-articulaire. Le foie en MTC est considéré comme le Maître des muscles et des ligaments, il est aussi le général en chef, qui donne l’énergie à l’ensemble des organes et des fonctions du corps, digestive, respiratoire, cardiaque. Un foie surchargé par une alimentation riche, par une prise de médicaments répétée, déséquilibrée par des émotions fortes, des colères et des frustrations quotidiennes, va provoquer des maux de tête, des douleurs musculaires, des crampes… avec à terme des blocages ostéo-articulaires (lombalgies, sciatalgies…). Sa manière de dire stop ! Dans ce cas-là, la prise de médicaments va calmer temporairement la douleur, pour ensuite en créer d’autres.

Comment faire face à la douleur ?

 

En définitive, il n’y a pas de recette miracle. Un corps qui fonctionne avec un système ostéo-articulaire risque fort bien de générer une usure prématurée des structures. Les articulations ostéo-articulaires décalées, comme je l’ai montré dans plusieurs témoignages, vont s’user par un frottement inadéquat. Le cartilage s’use, les ligaments s’enflamment, l’arthrose commence… Les douleurs sont le signal d’un dysfonctionnement et demande parfois beaucoup de patience pour les déloger.

La solution : prendre conscience dès l’enfance qu’une douleur ne doit pas être masquée mais traitée de telle sorte à en déterminer la cause. Personnellement, je conseille à tous les enfants, adolescents qui pratiquent du sport de manière intensive de consulter régulièrement un ostéopathe.

Toute douleur laissée à l’abandon va empirer et devenir chronique. Elle sera d’autant plus difficile à déloger.

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